Le plan REBSAMEN contre le chômage de longue durée : 20 mesures

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20 mesures pour lutter contre le chômage de longue durée : un mélange de mesures concrètes, et d’annonces

François Rebsamen a annoncé un certain nombre de mesures face au chômage de longue durée, en évitant le principal piège, dans lequel étaient tombés un certain nombre de ses prédécesseurs, le plan miraculeux qui règlera d’un coup de baguette magique l’ensemble des difficultés, qui était bien relayé par les médias, toujours preneurs d’annonces mirobolantes avant de tomber, assez vite, dans l’oubli et de ne pas voir son impact réel mesuré, une annonce suivante ayant pris le devant de la scène médiatique (voir Plan seniors : perdu corps et biens, Mesures pour les Seniors : 2 500 personnes concernées et L’aide de l’État va-t-elle augmenter le nombre de “contrats de professionnalisation seniors” ? Très peu probable)

 

 

Ce plan vise un public qui a été peu pris en compte dans les années précédentes, où l’effort a plus porté sur les jeunes. Il s’appuie sur une présentation qui met bien en évidence l’ampleur de l’accroissement du chômage de longue durée, même si nous aurions souhaité que soit mieux mis en évidence la situation des chômeurs de très longue durée. Nous mettons pour notre part régulièrement en avant dans notre commentaire des chiffres mensuels de l’inscription à Pôle emploi (voir Inscription à Pôle emploi : confirmation de la tendance haussière en décembre 2014) le nombre d’inscrits depuis plus de 3 ans : ceux-ci ont dépassé le cap des 700 000 en décembre 2014, en augmentation de 19,1 % en un an.

Ce programme donne une plus grande ampleur à ce qui avait été présenté  par le même ministre en juin 2014 (voir Un programme pour les demandeurs d’emploi seniors, modeste mais opérationnel ). Malheureusement il n’est pas possible de retrouver ce programme, le site du ministère indiquant Page non trouvée

Nous reprenons ci dessous les 20 mesures annoncées, extraites du dossier de presse, avec parfois seulement le titre quand aucune précision n’était donnée dans le dossier, en nous permettant d’y joindre quelques commentaires (en italique)

  • Renforcer la qualité du diagnostic après l’inscription à Pôle emploi
  • Les principaux facteurs de risques du chômage de longue durée sont connus : âge, niveau de qualification, existences de problématiques de mobilité, de logement, de santé, de garde d’enfants.Nous savons également que lorsqu’un demandeur d’emploi s’inscrit au chômage,il a 2 fois plus de risques de tomber dans le chômage de longue durée s’il est âgé de plus de 55 ans, de même s’il est sans diplôme, et 1.6 fois plus s’il est un parent isolé. Mieux repérer ces risques dès le début du chômage et enclencher tout de suite les solutions permettrait de sortir des dizaines de milliers de demandeurs d’emploi de l’exposition au chômage de longue durée.
  • Or jusqu’à aujourd’hui, le diagnostic est trop souvent une variable d’ajustement de l’entretien d’inscription à Pôle emploi, la priorité étant donnée aux démarches administratives et au montage du dossier d’indemnisation. Pôle emploi, va désormais profondément modifier l’organisation des premiers temps de la prise en charge des demandeurs d’emploi, en dématérialisant l’inscription administrative et en créant un entretien de situation situé entre deux et quatre semaines après l’inscription au chômage qui constitue un véritable temps de diagnostic approfondi. En fonction de ce dernier, le demandeur d’emploi sera orienté vers un niveau de service approprié et rencontrera son conseiller référent dans les semaines qui suivront

Enfin serait-on tenté de dire, tant depuis des années la formule imposée par Pôle emploi, défendue face à toutes les critiques , l’entretien unique où doivent se traiter en trois quart d’heures l’ensemble des aspects administratifs, les questions de rémunération et se construire le projet de retour à l’emploi, y compris quand les questions d’indemnisation ne sont pas réglées (voir Pôle emploi : serait-ce, enfin, la fin de l’absurde EID ?)

Enfin, serait-on tente de dire, tant depuis des années  la formule imposée par Pôle emploi de quatre mois sans contact après l’EID, défendue face à toutes les critiques montrait son caractère destructeur pour les plus fragiles? Et dire que cela résultait d’une simple analyse statistique montrant qu’une part importante des inscrits trouvait tout seule un nouvel emploi dans le quatre premiers mois et qu’il était donc inutile d’accompagner qui que ce soit durant ces premiers mois

  •  Doubler le nombre de demandeurs d’emploi bénéficiant d’un accompagnement intensif

Pour les personnes en risque de chômage de longue durée, Pôle emploi va doubler d’ici 2017 les places en accompagnement intensif par redéploiement interne? Orienter les personnes en risque vers un accompagnement adapté réduit drastiquement leur exposition. Le nombre de places en « accompagnement renforcé » (suivi intensif par un conseiller disposant d’un portefeuille réduit) et accompagnement global (suivi articulé avec le suivi par un travailleur social, dans le cadre d’un partenariat avec le conseil général) sera ainsi porté à 460 000 personnes exposées au chômage de longue durée ou au risque de chômage de longue durée qui bénéficieront d’un suivi adapté, contre 230 000 fin 2014.

Toutes les études ont montré qu’il y a un lien entre l’intensité de l’accompagnement et le retour à l’emploi. Comment ne pas se féliciter que ce point soit intégré dans le fonctionnement de Pôle emploi, et qu’ait été arrêtée la pratique consistant à envoyer vers des opérateurs externes, dont par ailleurs les moyens étaient chichement mesurés, les demandeurs ayant besoin d’un accompagnement renforcé ?

  • Mettre en place un droit réel à une formation qualifiante gratuite pour tout demandeur d’emploi en alimentant son compte personnel de formation

Chaque demandeur d’emploi, ayant un projet de formation éligible au CPF, bénéficie d’une formation qualifiante gratuite ;Dans ce cadre, ses éventuels droits au titre du DIF portable sont reportés sur son CPF.

-Le CPF est également alimenté à hauteur de 100 heures par le Fonds Paritaire de Sécurisation des Parcours Professionnels dans le cadre d’une enveloppe dont le montant est fixé, pour 2015, à 222 M€.

-Des compléments de financement, permettant d’assurer le financement intégral de la formation sont apportés par Pôle emploi et les Régions

A compter de mars 2015, tout demandeur d’emploi porteur d’un projet éligible au compte personnel de formation pourra demander à Pôle emploi de bénéficier de cette mesure. Pôle emploi procédera au recueil du consentement du demandeur d’emploi et déclenchera l’alimentation du compte personnel de formation du demandeur d’emploi.

C’est la principale annonce dont les médias se sont emparé, sans faire beaucoup d’efforts pour savoir quand celle-ci serait opérationnelle, ce qu’elle n’est pas actuellement, la liste des formations arrêtée par le COPANEF ne comportant pour le moment aucune formation accessible avec les 100 heures d’une dotation qui risque de rester largement virtuelle (voir Les droits inscrits au Compte Personnel de Formation seront-ils utilisables en 2015 ?). En effet la formulation employée “Chaque demandeur d’emploi, ayant un projet de formation éligible au CPF” s’approche à l’heure actuelle de l’ensemble vide

Il va falloir regarder de près qui va bénéficier réellement d’une dotation d’heures pour  un droit encore largement virtuel

  • Créer un système de réservation «zéro places de formation inoccupées »
  • Pôle emploi expérimentera avec l’AFPA la mise en place d’un système de réservation « zéro place de formation inoccupées » permettant à Pôle emploi de connaitre en temps réel les places libres ou devenues vacantes dans les formations.

  • Dans le même esprit, un partenariat sera développé avec l’UIMM sur l’ensemble des centres de formation de la branche métallurgie. Ce dispositif aura vocation à s’étendre avec l’ensemble des organismes de formation volontaires

Comment ne pas approuver cet objectif, tant une place inoccupée en formation ? Comment ne pas s’étonner de l’absence de toute mention des conseils régionaux, responsables de la formation professionnelle ?

  • Approfondir la réforme du financement des structures d’insertion par l’activité économique
  • Les structures d’Insertion par l’activité économique (IAE) ont connu une réforme profonde de leurs modalités de financement et de pilotage en 2014, qui a pour objet de rendre plus prévisible leur financement, et d’accélérer l’accès de leurs salariés à des emplois de droit commun.La première étape de cette réforme s’est traduite par la généralisation d’un financement au poste et la mise en place d’une part modulée sur la base des efforts d’insertion des structures. Elle sera approfondie et complétée en 2015. Il est ainsi confié au Conseil national de l’insertion par l’activité économique (CNIAE) un chantier visant à définir, de manière participative avec les structures d’IAE, d’une part les modalités permettant de sécuriser et dynamiser les parcours des salariés en insertion en s’appuyant sur le levier de la modulation du financement au poste et sur le nouveau cadre de financement de la formation résultant de la loi du 5 mars 2014, et d’autre part les conditions de délivrance des agréments préalables à l’embauche dans des conditions de fluidité et d’égalité de traitement maximales.
  • Plusieurs expérimentations ont été menées ces dernières années dans le domaine de l’insertion par l’activité économique visant à explorer de nouvelles modalités d’accompagnement des salariés en insertion et à conforter le positionnement des structures dans leur territoire. Ces expériences doivent être capitalisées et exploitées. Une mission IGAS sera chargée de les analyser et de mettre en perspective leurs principaux enseignements pour appuyer les travaux à venir du CNIAE.

Il n’est pas besoin de mission très approfondie pour savoir que l’IAE a, maintenant, avant tout besoin de possibilités de développement, d’opportunités de nouveaux conventionnements, et d’accroissements du nombre de postes. Face à des besoins croissants, il n’est plus possible de se contente d’améliorer le fonctionnement, de fluidifier les parcours, de rendre l’accompagnement plus efficient.C’est maintenant d’un plan pluriannuel de développement que l’IAE a besoin

  • Mettre en place le contrat de professionnalisation «nouvelle carrière»

Un contrat de professionnalisation « nouvelle carrière» est  mis en place, adapté aux demandeurs d’emploi ayant bénéficié d’une longue expérience professionnelle et devant adapter leurs compétences. Imaginé lors de la grande conférence sociale de 2014, ce contrat sera mis en place dès le premier semestre 2015. Il permettra d’alterner formation adaptée à des salariés expérimentés et pratique professionnelle sur le poste, avec une période de formation plus brève que le contrat de professionnalisation de droit commun, afin de permettre à des demandeurs d’emploi séniors expérimentés de réintégrer la  vie professionnelle progressivement.

L’action de formation, dans le cadre de ce contrat de professionnalisation, serait individualisée et ramenée à la durée minimum d’un contrat de professionnalisation de 150 heures. L’accès à des qualifications professionnelles ou à des certifications partielles pourrait être privilégié

Ce contrat peut être mis en œuvre dans le cadre réglementaire actuel, la complexité tenant plus dans la faiblesse du conseil en évolution professionnelle, qui est encore en cours de mise en place et dans l’accès à une offre de formation calibrée dans le acdre horaire défini

  • Expérimenter un contrat de professionnalisation «nouvelle chance»

Un contrat de professionnalisation « nouvelle chance » est mis en place, adapté aux demandeurs d’emploi très éloignés de l’emploi. Plus long que le contrat de professionnalisation de droit commun, il permet à un demandeur d’emploi éloigné de l’emploi d’alterner une formation adaptées à des publics n’ayant pas tous les pré-requis, notamment une première phase d’acquisition du socle de compétence, et périodes d’immersion progressive à un ou plusieurs postes.

Si le salarié en contrat de professionnalisation et rémunéré comme cela est prévu actuellement au moins au niveau du SMIC il ne va pas être facile de trouver des employeurs s’engageant alors que le salarié, très éloigné de l’emploi sera en formation une part importante de son temps. On devrait être dans l’ordre de centaines de contrats, guère plus

  • Ouvrir la garantie de loyers aux demandeurs d’emploi de longue durée ayant dû changer de logement pour reprendre un emploi

Les zones où existent des offres d’emploi en nombre sont aussi souvent des zones où les prix de l’immobilier sont élevés , ce qui de fait interdit à de nombreux demandeurs d’emploi d’accéder à des opportunités.

Pour aider les demandeurs d’emploi à accéder au logement locatif, les partenaires sociaux gestionnaires d’Action logement ont décidé dans la convention quinquennale 2015-2019 conclue le 2 décembre dernier avec l’Etat l’extension du bénéfice du dispositif de garantie de loyers qui se substituera à l’actuelle Garantie des Risques Locatifs, aux demandeurs d’emploi entrant dans un emploi par tout contrat de travail hors CDI confirmé, y compris une mission d’intérim ou une promesse d’embauche.

Dans cette convention, les partenaires s’engagent également à étudier un élargissement du dispositif aux personnes en recherche d’emploi effectuant une mobilité géographique de ce fait en direction d’un bassin d’emploi situé en zone tendue.

Intentions louables, mais dont la concrétisation supposera un temps non négligeable

  • Sur l’ensemble du territoire, réserver pour les demandeurs d’emploi parents isolés des places de crèche d’entreprise pendant les temps consacrés à la recherche d’emploi
  • La garde d’enfants, en particulier pour les mères isolées, constitue un frein majeur de retour à l’emploi. Pour apporter de nouvelles solutions aux demandeurs d’emploi dont la recherche d’emploi est pénalisée par des  contraintes de garde d’enfant, Marisol Touraine ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, et Laurence Rossignol, secrétaire d’Etat chargée de la famille, des personnes âgées et de l’autonomie, s’associent à l’effort du ministère de l’emploi pour engager des discussions avec les conseils généraux la CNAF, Pôle emploi et les entreprises de crèche, avec un double objectif :

  • -celui d’élaborer dans les 6 mois des solutions concrètes pour que tout demandeur d’emploi puisse faire garder ses enfants le temps d’un entretien d’embauche, d’une visite dans une agence Pôle emploi, d’une formation, voire de sa période d’essai. Cela pourrait prendre la forme d’une convention entre Pôle emploi, la CNAF et la Fédération française des entreprises de crèche, qui offrirait aux demandeurs d’emploi l’accès à des places d’accueil occasionnel sur simple réservation.
  • - celui d’engager, dans le cadre de l’objectif ambitieux de création de 275 000 nouvelles solutions d’accueil pour les 0 - 3 ans, un soutien à la création de crèches à vocation d’insertion professionnelle dans les quartiers défavorisés, en lien avec les conventions d’accompagnement global entre Pôle emploi et les conseils généraux. Ces établissements réserveraient des places pour les parents sans emploi : ces derniers pourraient bénéficier d’un appui spécifique pour leur recherche d’emploi.

Curieusement l’article L’accord signé par Pôle emploi sur l’accueil temporaire en crèche des enfants de demandeurs d’emploi semble peu opératoire  sera cité par nombre de médias alors qu’il semble totalement ignoré du ministère qui persiste à vouloir construire un partenariat avec les seules entreprises privées de crèches, continuant à ignorer les crèches gérées par des structures de l’ESS et les crèches publiques, et à rechercher un accord national qui risque d’être aussi peu opérationnel que le précédent, parce que ce n’est qu’au plan local que peuvent se construire des accords qui supposent pour être un tant soit peu opérationnels, au préalable, de rapprocher des cultures professionnelles aussi différentes que celles des intermédiaires de l’emploi et de la petite enfance

  • Systématiser la possibilité de déclencher un bilan de santé du demandeur d’emploi dans le cadre de de l’accompagnement
  • Chômage de longue durée et difficultés de santé se cumulent et s’alimentent mutuellement.Les demandeurs d’emploi connaissent des problèmes de santé plus fréquemment que la moyenne, parce que le chômage, période parfois destructrice au plan physique et mental, est propice à l’aggravation des problèmes de santé, que les demandeurs d’emploi connaissent des restrictions de l’accès au soin plus fréquemment que la moyenne, et que les difficultés de santé sont l’un des principaux freins qui pénalisent la recherche d’emploi. Une mission sera confiée à l’inspection générale des affaires sociales sur la prise en compte des problématiques de santé dans l’accompagnement des demandeurs d’emploi

 La prise en compte  des questions de santé est une composante d’un accompagnement global qui a été mis à mal dans une conception qui a séparé l’accompagnement social et l’accompagnement professionnel, 

  • Mettre en place sur tout le territoire des solutions d’hébergement pour les chômeurs de longue durée ayant des problématiques de logement

Là nous sommes vraiment dans le vœu pieux !

  • Définir une prestation intégrant formation, hébergement et appui social pour des publics éloignés de l’emploi

C’est en principe l’objet même des Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale, qui ont des difficultés croissantes à l’accomplir tant l’augmentation du nombre de “clients” induit une logique de réponse à l’urgence, dans l’urgence, et limite le travail d’accompagnement de progressions qui supposent du temps

  • Préparer la mise en place d’une offre de services partenariale sur la levée des freins à la mobilité dans les territoires

C’est la faiblesse de la pratique actuelle de Pôle emploi que relevait le rapport de la mission d’évaluation de la deuxième année du plan de lutte contre la pauvreté, relevant l’inadéquation des pratiques de Pôle emploi (voir A quoi ça sert que Pôle emploi fasse de belles études si personne ne les croit ?)

  • Déployer dans tous les territoires et pour des entreprises de toutes tailles l’usage de la période de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP)

L’immersion en entreprise constitue un outil privilégié de retour à l’emploi : il permet au demandeur éloigné de l’emploi de tester sa capacité à vivre dans un milieu de travail, à occuper un poste, à maitriser des compétences, à reprendre confiance en soi . La période de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP), introduite par la loi du 5 mars 2014, sera mise en place dès le début 2015. Elle fera l’objet d’une campagne de sensibilisation nationale et d’opérations de prospections ciblées de la part de Pôle emploi afin d’identifier des entreprises partenaires volontaires pour accueillir des demandeurs d’emploi exposés au chômage de longue durée afin de les aider à évaluer leur goût et leur aptitude pour certains métiers ou types de poste. Cet outil sera mobilisé largement par les structures d’IAE et dans le cadre d’accompagnements spécifiques, notamment la Garantie jeunes dans les missions locales et l’accompagnement renforcé de Pôle emploi, afin de construire des parcours de retour progressif à l’emploi pour des demandeurs d’emploi qui en sont particulièrement éloignés.

D’ores et déjà,des grandes entreprises publiques et privées, dans le cadre du collectif FACE (GDF SUEZ, AG2R La Mondiale, la RATP, Bouygues Construction, etc.), se sont engagées à accueillir5000 demandeurs d’emploi en 2015 dans le cadre de PMSMP, en particulier au bénéfice de jeunes et de séniors.Ce dispositif est également pertinent pour des PME et des TPE : la prospection de Pôle emploi visera à susciter des engagements au niveau des territoires.

Une idée intéressante, formulée il y a maintenant huit mois, mais dont la mise en œuvre doit être très sérieusement  encadrée pour éviter les dérives qui ont pu être constatées dans des dispositifs d’esprit voisins 

(voir La POE ne doit pas être une période d’essai gratuiteL’utilisation abusive des demandeurs d’emploi par Leclerc n’est pas une nouveauté et ressemble à un système et Pôle emploi victime ou complice d’un abus de POE ?) 

  • Mettre en place une prestation «Suivi dans l’emploi» pour aider les employeurs à recruter durablement des demandeurs d’emploi éloignés de l’emploi

Une prestation «Suivi dans l’emploi » pour accompagner l’employeur et le nouveau salarié du recrutement à la fin de la période d’essai sera mise en place en 2015. Centrée sur les demandeurs d’emploi de très longue durée ou sortant de dispositifs d’insertion (insertion par l’activité économique, contrats aidés), elle fera intervenir des experts compétents dans le champ de l’intervention sociale et professionnelle. Les opérateurs du placement (Pôle emploi, missions locales, CAP emploi) pourront la mobiliser pour inciter les employeurs, notamment des PME et TPE, à s’engager dans le recrutement de ces publics alors qu’ils ne l’auraient pas fait sans appui particulier

En 2015, 8000 personnes seraient accompagnés, pour un montant de 4 M€ financés par le FPSPP.La prestation sera décrite précisément dans un cahier des charges qui donnera lieu à un appel d’offres. Selon le public visé, l’accompagnement sera effectué par des acteurs différents :

- Pour les personnes placées par le service public de l’emploi, des volumes seront répartis entre les prestataires, chargés de mettre en œuvre ces actions sur la base d’une prescription par le conseiller.

 -Pour les personnes sorties d’une structure de l’IAE, la prestation sera prescrite par Pôle emploi, sur sollicitation de la SIAE qui identifierait une personne qu’elle suit et qui va entrer en emploi mais qui aurait besoin d’une poursuite de l’accompagnement dans l’emploi pour sécuriser son intégration

Est-il bien raisonnable de mettre en place une mécanique aussi lourde (cahier des charges,  appel ‘d’offres …) pour 8 000 personnes au plan national ? Le droit à l’innovation, à l’expérimentation aurait surement été plus opérationnel, et probablement plus riche d’enseignements pour un volume si réduit.

  • Avec le dispositif CASA («contrats aidés–structure apprenante») expérimenter de nouvelles modalités de gestion des contrats aidés

Les contrats aidés, qui s’adressent à des publics exposés à l’exclusion du marché du travail, sont d’autant plus efficaces en termes d’insertion durable que les modalités d’accueil et d’accompagnement de l’employeur sont adaptées à leurs besoins. Une expérimentation dite CASA («contrats aidés -structures apprenantes »)est menée dans 10 départements en 2015. Dans ce cadre, le service public de l’emploi va sélectionner et accompagner les employeurs proposant à des chômeurs particulièrement éloignés de l’emploi un environnement de travail garantissant par lui-même leur montée en compétences. Ces employeurs seront sélectionnés sur la base des caractéristiques des métiers et postes de travail offerts et de l’accompagnement proposé (tutorat,modalités d’accueil, formation…)

Quel plaisir de voir réapparaitre ce concept de structure apprenante chère à Bertrand Schwartz ! On va tenter d’en savoir plus

  • Développer les Groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ) réforme de la labellisation, revalorisation de la prime...

Un plan de développement des GEIQ (groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification)sera lancé début 2015 : plus grande ouverture de l’accès au label, revalorisation des aides à l’accompagnement, meilleure mobilisation du dispositif dans les actions du service public de l’emploi. Les GEIQ permettent à des employeurs engagés dans l’insertion professionnelle de publics en difficulté de mutualiser leurs moyens pour les recruter et assurer leur suivi RH. Ils permettent de créer des solutions der recrutement pour des publics éloignés de l’emploi, et fournissent l’appui nécessaire aux employeurs soucieux de s’engager

La reconnaissance des GEIQ est tout à fait opportune. De là à ce que le ministre twitte  “Les GEIQ seront développés grâce à une réforme de la labellisation et une revalorisation de la prime”alors que, comme le mentionne le blog des Groupements d’employeurs, il s’agit de la prime de 685 euros pour aider à l’accompagnement des parcours d’insertion et de qualification qui n’a pas été revalorisée depuis de nombreuses années et qui, de surcroit, ne permet pas de servir toutes les demandes dans de nombreux départements…

  • Créer un accélérateur d’innovation sociale pour aider les initiatives locales créatrices d’emploi pour les publics éloignés de l’emploi à se développer

Enfin, pour tirer parti de la multitude d’initiatives qui, sur le terrain, partent de besoins non couverts par le marché pour créer des activités nouvelles, adaptées à l’emploi de personnes éloignées du marché du travail, un accélérateur d’innovation sociale sera mis en place. Ce dispositif, géré par l’Agence nationale des solidarités actives (ANSA) aura pour objet d’identifier ces projets et de leur apporter appui méthodologique et recherche de financements pour s’étendre à d’autres territoires, voire se généraliser. Sa gouvernance fera intervenir partenaires sociaux, acteurs de l’emploi et de l’insertion, et collectivités territoriales pour le choix des projets et le suivi de leur développement.

Parmi les projets locaux existants qui pourraient faire l’objet d’une telle démarche, on peut citer :

- les démarches consistant à confier à des demandeurs d’emploi des activités correspondant à des besoins d’intérêt social ;

- les groupements de créateurs d’entreprise pour aider des jeunes de quartiers sensibles à créer leurs entreprises;

-une plateforme dématérialisée de parrainage faisant l’intermédiation entre des adultes expérimentés volontaires et des jeunes en recherche de parrains pour les guider dans leur recherche d’emploi.

Pourquoi pas retrouver une nouvelle vocation à cette Agence créée par Martin Hirsch qui avait joué un rôle important dans l’expérimentation de ce qui allait devenir le RSA et qui, depuis que le même Martin Hirsch avait mis fin à l’expérimentation, s’interrogeait sur son rôle ?

On espère que cette Agence soutiendra les acteurs et les organisations qu’ils se sont donnés, comme les Groupements de Jeunes Créateurs qui se sont organisées en réseau , et en sera pas une administration supplémentaire

    • Concerter en vue de la mise en place d’ une plateforme collaborative des employeurs engagés dans l’insertion

Bonne idée, à condition que contrairement à des initiatives précédentes dans ce domaine, la communication ne l’emporte pas sur le travail réel 

(voir Les jeunes de banlieue sont sauvés : des stages chez Mac DoConseil National des Entreprises pour la Banlieue disparu, vive le Club des Entreprises pour la Banlieue ?,Adecco signe un engagement pour l’emploi des jeunes dans les quartiers populaires et réduit ses effectifs de 530 personnes)

  • Renforcer l’appui aux collectivités dans la mise en œuvre de la clause d’insertion dans les marchés publics

Oui, bien sur, mais comment ? Pour cela les Maisons de l’Emploi ont prouvé leur utilité et la réduction de leurs moyens rend cette question tout à fait pertinente

Notons  qu’un point qui avait été annoncé par le président de la République, l’ouverture de l’apprentissage aux personnes de plus de 26 ans, ne figure pas dans ce plan. Sans doute parce qu’il a été constaté que ce n’était pas une bonne idée et qu’il ne fallait pas persévérer dans une voie qui apportait une grande complication alors qu’on pouvait atteindre les mêmes objectifs plus simplement  (voir Des apprentis, quelque soit leur âge ? et  Pour développer la formation en alternance pour tous les chômeurs il est plus efficace de ne pas utiliser l’apprentissage ). Comment ne pas se féliciter que ce qui avait été, imprudemment, avancé par François Hollande en mai 2014 (voir Tentative de décryptage du propos présidentiel sur l’alternance) portant plus de risques de déstabilisation de ce qui fonctionnait à peu près correctement que de réelles solutions ?

Disons en conclusion à la décharge de François Rebsamen qu’il a fait pour le mieux  avec plus d’argent des autres et en particulier du FPSPP qu’avec celui de l’État et qu’il a, presque, évité les annonces mirifiques, en pariant que les médias les prendraient comme argent comptant, et comme c’est souvent le cas ne viendraient pas suivre la concrétisation, ou plutôt la non concrétisation. Mais malgré tout cet ensemble de mesures n’est pas à la mesure d’une situation qui va continuer à se dégrader ,en particulier pour ce qui concerne les plus âgés et les plus éloignés de l’emploi.

 
http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2015/02/12/20-mesures-pour-lutte-contre-le-chomage-de-longue-duree-un-melange-de-mesures-concretes-et-dannonces/
 


17/02/2015
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