Pôle emploi, assurance chômage, RSA… la “réforme du travail” voulue par Emmanuel Macron

Pour atteindre le plein emploi d’ici 2027, le chef de l’Etat compte mener une vaste “réforme du travail”. Voici, dans les grandes lignes, les différentes mesures qu’il devrait porter dans ce cadre.

“Je veux dès cet été que nous puissions avancer sur la réforme du travail.” Et ce, dans l’objectif de présenter un (ou plusieurs) texte(s) de loi dès la rentrée, après discussion avec les partenaires sociaux. C’est ce qu’a annoncé Emmanuel Macron, lors de son interview télévisée, ce jeudi 14 juillet. “Nous sommes un pays qui, pendant des décennies, a connu le chômage de masse. Cela laisse des traces. Le cœur de la bataille que je veux mener dans les prochaines années, c’est le plein emploi. Parce que je pense que ça change la vie d’une nation. Ça change le rapport à l’éducation, à la formation, au travail.”

Pour parvenir au plein emploi - à savoir un taux de chômage de 5% - d’ici la fin de son nouveau quinquennat, le chef de l’Etat veut concrétiser plusieurs réformes promises pendant sa campagne présidentielle. Ainsi, Emmanuel Macron prévoit, “bien sûr”, d’aller “plus loin” sur la réforme de l’assurance chômage, mais aussi de renforcer l’accompagnement des Français sans emploi, via une refonte du revenu de solidarité active (RSA) et de Pôle emploi. Le président de la République a, par ailleurs, soulevé le besoin d’améliorer l’emploi des seniors et de mener plusieurs réformes dans le domaine de la formation. Voici les contours déjà connus des mesures que devrait contenir la grande “réforme du travail” voulue par Emmanuel Macron.

 

Poursuivre la réforme de l’assurance chômage

Le Président veut renforcer encore davantage sa réforme de l’assurance chômage, devenue effective de manière progressive depuis fin 2019, dans le cadre de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel. Pour rappel, en octobre 2021, le (très controversé) nouveau mode de calcul des allocations chômage est entré en vigueur. Ont suivi, en décembre, la réforme des conditions d’éligibilité (il faut désormais avoir travaillé six mois pour être indemnisé, contre quatre auparavant) et celle de la dégressivité des allocations pour les plus hauts revenus (elle s’applique à partir du neuvième mois d’indemnisation aujourd’hui, contre le septième auparavant).

Désormais, Emmanuel Macron veut adapter à la santé de l’économie française - et donc du marché du travail - les règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi. L’idée serait de mieux les protéger lorsque la situation se dégrade et d’être moins généreux en cas d’amélioration de la conjoncture. Il s’agirait plus exactement de moduler la durée d’indemnisation pour certains demandeurs d’emploi en fonction de la santé économique du pays.

Le chef de l’Etat reprend en fait ici l’une des recommandations faites par le Conseil d’analyse économique (CAE), dans une note publiée dès début 2021. L’instance, qui dépend du Premier ministre, conseillait ainsi de prévoir “un ajustement de l’indemnisation chômage (conditions d’éligibilité et durée d’indemnisation) en fonction d’indicateurs de l’activité économique”.

Conditionner le versement du RSA à un minimum d’activité hebdomadaire

Autre mesure polémique portée par Emmanuel Macron et qui devrait se concrétiser dans le cadre de sa “réforme du travail” : la transformation du revenu de solidarité active (RSA) en une sorte de “revenu d’activité”. Concrètement, il s’agirait de conditionner le versement de cette prestation à une obligation de consacrer 15 à 20 heures par semaine à une activité permettant de se réorienter vers l’emploi. Cette obligation d’activité prendrait en fait la forme d’un accompagnement intensif, via des formations, des périodes d’immersion en entreprise, ou encore des ateliers permettant de réaliser un bilan personnalisé.

En cas de non-respect de cette obligation, le versement du RSA serait suspendu progressivement. Des dérogations devraient toutefois être prévues pour certains bénéficiaires, comme les mères isolées ou encore les personnes atteintes de graves problèmes de santé et/ou d’addiction. L’idée n’est toutefois pas de supprimer totalement l’obligation d’activité hebdomadaire, mais de l’assouplir.

Transformer Pôle emploi en “France Travail”

“Nous devons réussir à mieux travailler avec les régions, les départements, les communes” pour (ré)insérer dans l’emploi les personnes sans activité, a souligné Emmanuel Macron, lors de son interview télévisée. Selon lui, “les solutions, souvent, (se trouvent) dans des choses très concrètes [...] qui ne (dépendent) pas que du travail”, a-t-il ajouté. Il s’agit, par exemple, de répondre aux difficultés pour se déplacer ou encore aux problèmes de logement rencontrés par certains demandeurs d’emploi. Pour eux, “il faut qu’on améliore nos réponses. C’est ça France Travail”, a déclaré le président de la République.

Si de premières pistes de réforme ont fuité, les modalités pratiques de cette transformation de Pôle emploi en “France Travail” doivent encore être précisées. Dans les grandes lignes, cette réforme consisterait à créer une sorte de “guichet unique” pour accompagner plus efficacement les demandeurs d’emploi, en réunissant autour de la table Pôle emploi, les régions, les départements, les communes, les missions locales et les associations.

Réformer en profondeur le système de formation

“Au cœur de ce quinquennat, il va y avoir une série de réformes” sur la formation, a prévenu Emmanuel Macron pendant son interview télévisée. Les ministères de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et du Travail devraient être tous les trois concernés. En effet, le chef de l’Etat compte réformer en profondeur le lycée professionnel, en suivant le même modèle que pour l’apprentissage. Il veut, entre autres, renforcer le partenariat entre les lycées professionnels et les entreprises, mais aussi rémunérer les étudiants pour le temps passé en entreprise, comme le sont les apprentis.

Sur le plan de l’apprentissage justement, Emmanuel Macron compte le “renforcer”. “On a plus que doublé l’apprentissage dans notre pays ces cinq dernières années. On a aujourd’hui plus de 730.000 apprentis. Je veux qu’on passe le cap du million, c’est-à-dire réussir à ce que nos jeunes aillent plus vite vers le marché du travail et mieux”, a-t-il indiqué, sans toutefois préciser s’il comptait mener une nouvelle réforme pour développer encore davantage le recours à l’apprentissage. Pour rappel, l’exécutif a décidé de prolonger jusqu’au 31 décembre prochain l’aide exceptionnelle à l’embauche d’alternants, censée s’éteindre le 30 juin dernier. Une mesure qui permet donc déjà de doper (en partie) le nombre d’entrées en apprentissage.

Enfin, le président de la République veut réformer la formation continue tout au long de la vie. “Beaucoup de gens sont aujourd’hui au chômage parce qu’ils n’ont pas une formation qui correspond aux besoins de la nation”, s’est-il justifié. S’il n’a, là encore, pas vraiment détaillé en quoi consisterait cette réforme, Emmanuel Macron avait avancé quelques pistes lors de sa campagne présidentielle. Il s’était ainsi engagé à déréférencer les formations qui ne seraient pas suffisamment qualifiantes et ne permettant pas de déboucher sur un “emploi durable”. Dernier domaine à réformer, selon le chef de l’Etat : le travail des seniors. “On doit l’améliorer, par la formation aussi”, a-t-il souligné. Autant de chantiers qui feront l’objet, sans nul doute, de vastes négociations avec les partenaires sociaux cet été.

 

Source Capital



21/07/2022
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