La réduction des discriminations à l’embauche pourrait apporter un gain de 150 milliards d’euros, selon un rapport

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Ce rapport, présenté ce matin à la ministre du Travail Myriam El-Khomri, appelle les entreprises à augmenter l’embauche des catégories victimes de discriminations.

 

Le constat est sans appel, et risque d’obliger les entreprises et les pouvoirs publics à faire davantage d’efforts dans la lutte contre les discriminations sur le marché du travail. Selon un rapport de France Stratégie, organisme de réflexion proche de Matignon, la fin des discriminations à l’embauche pourraient entraîner entre 80 et 310 milliards d’euros d’économie.

 

« Les discriminations freinent, voire bloquent, l'insertion sur le marché du travail d'une partie de la population en âge de travailler. Elles coûtent donc à l'économie en général et aux entreprises en particulier », souligne ce rapport, remis à la ministre du Travail Myriam El-Khomri ce mardi.Les entreprises sont donc appelées à « recruter des individus de catégories discriminées à des postes de responsabilité », en particulier les femmes, et les personnes originaires des DOM-TOM ou du continent africain.

 

Ce rapport, qui se base sur quatre critères de discrimination à l’embauche – le sexe, l’origine géographique, le lieu de résidence et le handicap – met en exergue les effets positifs, cumulés ou non, de quatre scénarios : un meilleur accès aux postes qualifiés, à l’emploi, une baisse des écarts de durée hebdomadaire du travail et de niveaux d’éducation. Si ces derniers sont respectés, la France pourrait connaître un gain de croissance compris entre 80 et 310 milliards d’euros, soit entre 3.6 et 14.1 % du PIB. Le scénario privilégié par le rapport, à savoir privilégier l’accès aux postes qualifiés et à l’emploi pour les populations discriminées, entraîneraient un gain de 150 milliards d’euros, soit 6.1% du PIB.

Les femmes, premières victimes de ces discriminations

Dans l’ensemble des quatre scénarios présentés, c’est la réduction des discriminations dont font l’objet les femmes qui contribuerait le plus à la hausse du PIB. Selon le rapport, pour 100 euros de PIB supplémentaires, la contribution des femmes varie de 83 à 99 euros selon le scénario considéré.

Actuellement, les femmes, principales victimes de ces discriminations et qui représentent 50% de la population, gardent un taux d’activité en moyenne 10 à 15 points inférieur à celui des hommes, et accèdent beaucoup moins aux postes de responsabilité que les hommes. Si elles sont d’origines africaines, elles souffrent encore davantage du chômage et d’un moindre accès à un CDI à temps plein. Au niveau de la rémunération, les écarts entre les hommes et les femmes restent d’environ 12%.

 

Jean Pisani-Ferry, Commissaire général de France-Stratégie, appelle dans ce rapport à mettre en place des « hypothèses réalistes ». Il préconise pour cela une « réduction partielle, quoique substantielle », des discriminations. « C’est une action patiente, méthodique, résolue qui progressivement réduira des disparités que rien ne peut justifier. Il ne s’agit pas ici d’années, mais de décennies », Prévient-il. Le rapport cite notamment l’exemple des Etats-Unis, où 15 à 20% de la croissance du pays serait venu de la réduction des inégalités entre hommes et femmes et noirs et blancs.

« Apporter un message positif aux entreprises »

Invité de l’émission Sénat 360, le Commissaire général adjoint de France stratégie Fabrice Lenglard souhaite apporter un message positif aux entreprises à travers ce rapport. « Notre message est que si les entreprises luttent contre les discriminations, elles sont gagnantes car elles recruteront en moyenne de meilleurs talents. C’est une politique qui à la fois allie l’efficacité politique, la justice sociale et la lutte contre les inégalités. Bien souvent on oppose politique favorable à la croissance et politique sociale qui tendent à amoindrir les inégalités. Là précisément on est en présence d’une politique qui peut nous faire gagner sur les deux tableaux ».

 

Esther Benbassa, sénatrice du Val-de-Marne et co-auteur en 2014 d’un rapport intitulé « La lutte contre les discriminations, de l’incantation à l’action », espère que les chiffres avancés par le rapport vont faire bouger les entreprises. « Devant ces chiffres, les esprits se ressaisiront probablement » espère-t-elle. «  Quand on forme des gens et qu’on ne les emploie pas, il ne faut pas s’étonner qu’on perde de l’argent. Il faut donc avoir l’humilité de réfléchir devant ces chiffres. Il faut mettre fin à ces discriminations systémiques, et ce dès l’école ».

 

La sénatrice appelle à mettre en place une véritable politique de discrimination positive à l’embauche et d’effectuer un travail de pédagogie auprès des entreprises et des pouvoirs publics. «  Les médias, mais aussi les politiques, devraient donner l’exemple dans ce domaine » estime-t-elle.

De son côté, la ministre du Travail Myriam El-Khomri veut se montrer « intraitable » face aux entreprises ne mettant pas en place des mesures de lutte contre les discriminations à l’embauche. « Nous n’aurons pas d’états d’âme à désigner les mauvais élèves. Chacun doit comprendre que la lutte contre les discriminations n’est pas un gadget ».

 

La veille de la présentation de ce rapport, le défenseur des droits Jacques Toubon avait dressé un « panorama particulièrement inquiétant » des discriminations liées à l’origine, particulièrement chez les personnes d’origine étrangère.

 

source : http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/reduction-des-discriminations-l-embauche-pourrait-apporter-un-gain-150-milliards-d-eur



13/10/2016

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